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Biden, honnête et pragmatique ?

Dans certains cas, c’est bien mérité. Mais pour Joe Biden, qui vient d’enterrer son fils Beau dans le Delaware (photo), c’est injustifié. Le vice-président américain est pratiquement l’unique personnalité de Washington à être appréciée et à bénéficier de la confiance de tous. À une époque où plus personne ne fait confiance aux politiques, M.?Biden mérite un bien meilleur score. À 72 ans, et à 18 mois de la fin de son mandat, beaucoup le voient comme un vestige d’une époque où les sénateurs scellaient leurs accords par une poignée de main. Mais si la politique américaine doit retrouver son pragmatisme, sa façon de faire doit être remise au goût du jour. M.?Biden est certainement le politique dont les comiques aiment le plus se moquer. Le terme “bidenism” – au sens de l’humiliation publique qu’une personne s’auto-inflige – est entré dans le langage quotidien. “Levez-vous Chuck, qu’ils puissent vous voir” a-t-il lancé à un sénateur du Missouri dans un fauteuil roulant. Pour tresser des lauriers à Barack Obama, et dans une interprétation hasardeuse de la doctrine de Theodore Roosevelt du “parler calmement tout en adoptant la politique du bâton”?: “Je peux vous dire que je connais huit présidents, dont trois intimement. Je peux vous assurer que le président a un gros bâton”. Avec M. Biden, le risque d’une gaffe est toujours présent, ce qui explique pourquoi il fut écarté de la campagne de M. Obama en 2012. Pourtant, M.?Biden est aussi celui vers lequel M. Obama se tourne lorsqu’il faut trouver un accord. Le président américain ne fait pas mystère de son dédain pour les dessous de la politique. M.?Biden en vit. En 2009, il a convaincu trois sénateurs républicains de voter pour les 787?milliards de dollars destinés à relancer l’économie américaine, ce qui a évité la dépression. La loi a été adoptée par une voix. Sans elle, M.?Obama n’aurait certainement pas été réélu. M.?Biden a également scellé l’accord qui a évité aux États-Unis le “précipice fiscal” en 2013. Cela, aussi, aurait tué la croissance. À une époque où les politiques vivent devant les caméras, M.?Biden est vendeur. D’après Ted Kaufman, son ancien chef de cabinet qui lui a succédé au Sénat?: “Joe peut entrer dans n’importe quelle pièce, la plus conflictuelle possible, et trouver un terrain d’entente. Qui d’autre peut en faire autant de nos jours??” “Le terme “bidenism” – au sens de l’humiliation publique qu’une personne s’auto-inflige – est entré dans le langage quotidien” La réponse est?: pas beaucoup. Il y a deux décennies, en 1994, M.?Biden a convaincu Strom Thurmond, son homologue républicain de la Commission judiciaire du Sénat, de voter pour un projet de loi anti-criminalité historique. Il a mis plus de 100?000 policiers au pas et a interdit les armes d’assaut. Ségrégationniste vieillissant, M.?Thurmond incarnait la haine du Sud profond pour toute forme d’ingérence fédérale. La lutte contre la criminalité était le point le plus conflictuel de l’époque. L’exploit de M. Biden équivaudrait aujourd’hui à persuader les conservateurs du Tea Party de soutenir une amnistie des immigrants. M.?Biden a également convaincu Jesse Helms, le républicain de Caroline du Nord, de reprendre le financement américain à l’ONU. Il n’y avait pas deux républicains plus opposés au point de vue de M. Biden. Celui-ci a leur a pourtant rendu hommage lors de leurs funérailles. Une grande partie de la perte de confiance dont souffre les politiques américains vient de la conviction des citoyens qu’ils se présentent aux élections pour s’enrichir. Sur ce point, M.?Biden se distingue également. Il est relativement pauvre, ne pesant que 419?000?dollars selon une estimation. Hillary Clinton (dont la fortune est estimée à des dizaines de millions de dollars, il n’y a pas de chiffres précis) et John Kerry (environ 200?millions) jouent dans une autre catégorie. Peu importent leurs origines sociales?: la plupart des politiciens essaient de convaincre les électeurs qu’ils sont d’origine ouvrière. Même lorsque les allusions aux “cabanes en rondin” ne sont pas inventées, ceux qui ont réussi la laissent derrière eux. Dans le cas de M. Biden, c’est toujours vrai. Son épouse, Jill Biden, enseigne à temps plein dans un collège communautaire en Virginie. Il en est de même pour l’histoire de la famille Biden. Il a été élu en 1972 au Sénat américain pour le Delaware. Peu après, sa première femme et l’un de leurs enfants sont tués dans un accident de voiture. Les deux enfants survivants, dont Beau, qui a succombé à 46 ans le mois dernier à une tumeur du cerveau, furent blessés. Les 36 années suivantes, chaque jour, “Amtrak Joe” a fait l’aller-retour Wilmington-Washington en train?; trois heures de trajet quotidien.