Monthly Archives: juin 2017

Arabie : une taxe sur les péchés

Ultradépendante des revenus pétroliers, l’Arabie Saoudite tente de diversifier son économie. Le royaume a introduit lundi une taxe sur les cigarettes et les boissons sucrées, dite «taxe sur les péchés». Conséquence, le prix du tabac et des boissons énergisantes va doubler, d’abord pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat mais aussi pour s’attaquer au diabète, problème sanitaire majeur au sein de la jeunesse saoudienne. Des messages de prévention sur les effets du tabac seront également apposés sur les paquets. Quant aux boissons sucrées, elles seront taxées à 50%. Les nouvelles taxes ont été annoncées par l’autorité générale de la zakat (aumône légale) et des impôts. «La décision a été prise depuis un an, souligne Fatiha Dazi-Héni, politologue spécialiste de la péninsule arabique et auteure de l’Arabie Saoudite en 100 questions. Ces mesures d’austérité font partie d’un ensemble plus large, « vision 2030″, qui comprend également la création d’une TVA à 5% en 2018.» Une petite révolution dans le royaume, car jusqu’à présent, les habitants avaient joui d’une quasi-absence de taxes. Ces décisions s’imposent d’autant plus que le budget de l’Etat saoudien dépend à 90% des revenus pétroliers et pour maintenir son niveau de vie, le royaume a besoin d’un barril à 85 dollars. Or aujourd’hui, le brut plafonne à 46 dollars. Le pays n’a donc plus les moyens de maintenir un service public hypertrophié qui emploie plusieurs millions de personnes pour maintenir la paix sociale. La décision du royaume de taxer le tabac et les boissons sucrées a été prise en concertation avec les cinq autres pays membres du Conseil de coopération du Golfe. Les monarchies pétrolières souffrent de la chute des prix de l’or noir. «Les pays sont dans une dynamique de changement pour sortir de leur dépendance au pétrole en revenant sur certaines politiques redistributives», souligne Fatiha Dazi-Héni. Les effets des déficits se font particulièrement ressentir en Arabie Saoudite. A la différence de ses voisins, comme le Qatar, les Emirats arabes unis ou Koweït, le pays est relativement peuplé, avec 31,5 millions d’habitants et les Saoudiens bénéficient d’une éducation et d’un service de soin gratuits. Riyad est déjà revenu sur certaines subventions comme celle accordée aux carburants. Mais le pays a fait marche arrière sur sa décision de baisser de 20 à 30% les primes accordées aux fonctionnaires, face à la grogne des principaux intéressés. Mais le pays doit faire des réformes alors que l’Arabie Saoudite devrait enregistrer un déficit de 40 milliards de dollars cette année, après 98 milliards en 2015. Malgré tout, la monarchie a encore les reins solides, sa dette tournant autour des 20%.