Monthly Archives: mai 2017

Comme un astronaute

Il y a quelques jours, je me suis rendu à Miami pour accomplir une activité pour le moins originale : un vol en apesanteur ! Je crois que nous étions 40 participants de tous horizons pour ce vol sensationnel. Après un speech portant sur la sécurité, nous avons décollé normalement, et attendu jusqu’à ce que G Force One (c’est le nom de l’appareil) atteigne l’altitude requise pour le vol parabolique. Finalement, l’on nous a engagés à rejoindre le milieu de la cabine : on s’apprêtait à effectuer la première parabole ! Nous nous sommes tous allongés à même le sol en essayant de ne pas montrer notre stress. Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler du vol parabolique, le principe est simple : l’appareil commence par monter pour ensuite plonger d’un coup ; quand il est au sommet de sa parabole et retombe, en résulte un court moment d’apesanteur, de 22 secondes exactement. L’avion faisant quinze paraboles au total, cela laisse donc quelques 330 secondes d’apesanteur ! La classe, quand même ! Mais comment ça se passe, exactement ? Lorsque le Boeing commence à monter, on se retrouve d’abord écrasé au sol : c’est la phase d’hypergravité. Et c’est très étrange, de peser quelques 140 kg, même si ça ne dure pas longtemps ! Ensuite, le pilote avertit qu’on est en haut de la parabole et qu’on s’apprête à redescendre. Et soudain, le corps ne pèse plus rien ! Chacun appréhende ce nouvel état d’une manière différente : certains participants se raccrochent aux straps pour rester en contact avec le sol, d’autres pagaient dans l’espace pour essayer de contrôler leurs mouvements. C’est un joyeux fouillis ! Puis le pilote nous signale soudainement qu’il passe en « ressource » ; les 22 petites secondes sont déjà écoulées ! On se retrouve à nouveau écrasés sur le sol durant quelques secondes. Décidément, le corps est sacrément rudoyé avec un tel vol ! Cela demande du temps, pour se familiariser avec tout ça. Mais on s’y fait. Plutôt que de rebondir d’une paroi à l’autre, on cherche alors à flotter sans se retenir à quoi que ce soit. Et c’est carrément merveilleux ! Si vous avez un jour l’occasion de réaliser un vol en apesanteur, il n’y a pas à hésiter : c’est vraiment une expérience incroyable. Tenez, voilà le site où j’ai trouvé ce vol, si le coeur vous en dit de faire vous aussi un vol en apesanteur.

Les prétentions aristocratiques

Le pouvoir économique est d’abord un pouvoir de mettre la nécessité économique à distance : c’est pourquoi il s’affirme universellement par la destruction de richesses, la dépense ostentatoire, le gaspillage et toutes les formes du luxe gratuit. C’est ainsi que la bourgeoisie, cessant de faire de toute l’existence, à la façon de l’aristocratie de cour, une parade continue, a constitué l’opposition du payant et du gratuit, de l’intéressé et du désintéressé sous la forme de l’opposition, qui la caractérise en propre selon Weber, entre le lieu de travail et le lieu de résidence, les jours ouvrés et les jours fériés, l’extérieur (masculin) et l’intérieur (féminin), les affaires et le sentiment, l’industrie et l’art, le monde de la nécessité économique et le monde de la liberté artistique arraché, par le pouvoir économique, à cette nécessité. La consommation matérielle ou symbolique de l’œuvre d’art constitue une des manifestations suprêmes de l’aisance, au sens à la fois de condition et de disposition que la langue ordinaire donne à ce mot. Le détachement du regard pur ne peut être dissocié d’une disposition générale au « gratuit », au « désintéressé », produit paradoxal d’un conditionnement économique négatif qui, au travers des facultés et des libertés, engendre la distance à la nécessité. Par là même, la disposition esthétique se définit aussi, objectivement et subjectivement, par rapport aux autres dispositions : la distance objective à l’égard de la nécessité et de ceux qui s’y trouvent enfermés s’assortit d’une prise de distance intentionnelle qui redouble, par l’exhibition, la liberté. A mesure que croît la distance objective à la nécessité, le style de vie devient toujours davantage le produit de ce que Weber appelle une « stylisation de la vie », parti systématique qui oriente et organise les pratiques les plus diverses, choix d’un millésime et d’un fromage ou décoration d’une maison de campagne. Affirmation d’un pouvoir sur la nécessité dominée, il enferme toujours la revendication d’une supériorité légitime sur ceux qui, faute de savoir affirmer ce mépris des contingences dans le luxe gratuit et le gaspillage ostentatoire, restent dominés par les intérêts et les urgences ordinaires : les goûts de liberté ne peuvent s’affirmer comme tels que par rapport aux goûts de nécessité, par là portés à l’ordre de l’esthétique, donc constitués comme vulgaires. Cette prétention aristocratique a moins de chances qu’aucune autre d’être contestée puisque la relation de la disposition « pure » et « désintéressée » aux conditions qui la rendent possible, c’est-à-dire aux conditions matérielles d’existence les plus rares parce que les plus affranchies de la nécessité économique, a toutes les chances de passer inaperçue, le privilège le plus classant ayant ainsi le privilège d’apparaître comme le plus fondé en nature.