Monthly Archives: octobre 2015

Meeting d’Arcachon sur la croissance

La semaine dernière, on m’a envoyé à Arcachon pour suivre un meeting où, lors d’une soirée, un collègue a remis en question la nécessité de la croissance économique en Europe. « Nous avons déjà tout ce qu’il nous faut », répétait-il sans cessse. Un propos qui m’a « un peu » agacé, et ce d’autant que je l’entends continuellement. Plus un pays est développé, plus l’accroissement de sa richesse est considéré comme quelque chose de futile. Le fait que l’Occident poursuive son développement économique est même envisagé par certains comme une déviance. Cependant, le progrès social est tout aussi indispensable pour un pays développé que pour un pays pauvre. Car en effet, en l’absence de croissance, la galette de la prospérité demeure la même ! Le progrès de l’un est alors automatiquement établi au préjudice de l’autre. La guerre contre la misère amène par exemple une modération des dépenses dans le réseau de transport ; une plus grande couverture sociale conduit en tout état de cause à un affaiblissement des dépenses culturelles ; une nouvelle autoroute provoque tout naturellement une hausse des impôts… Bref, en l’absence de croissance, on prend à Pierre pour donner à Paul et l’on fait rapidement face au caractère précaire de la prospérité. Une société privée de croissance est une société où les citoyens, les entrepreneurs et les couches sociales tirent en définitive chacun la couverture de leur côté. En revanche, à partir du moment où un pays connaît la croissance, il lui est plus évident de partager. Les plus riches de la société seront en effet davantage prédisposés à redistribuer les richesses qui sont les leurs s’ils sont convaincus de continuer à se développer par la suite. Dans le cas inverse, une société stagnante deviendra plus fermée, cherchera à refuser l’idée de la répartition et s’éloignera au final du principe de la démocratie. Les sociétés pourvues d’une croissance économique sont plus compréhensives et tendent vers davantage de démocratie et de justice. Ce meeting à Arcachon m’aura en tout cas appris quelque chose : c’est que de nombreux français présents lors de notre échange n’étaient pas convaincus de cette nécessité de croissance. Et cela, à mon sens, c’est assez effrayant pour l’avenir, car cela dénote (ou cause, même) un sérieux manque de motivation. Téléchargez tous les rapports de ce meeting sur le site de l’agence incentive à Arcachon qui s’est occupé de tout compilé – suivez le lien.

Biden, honnête et pragmatique ?

Dans certains cas, c’est bien mérité. Mais pour Joe Biden, qui vient d’enterrer son fils Beau dans le Delaware (photo), c’est injustifié. Le vice-président américain est pratiquement l’unique personnalité de Washington à être appréciée et à bénéficier de la confiance de tous. À une époque où plus personne ne fait confiance aux politiques, M.?Biden mérite un bien meilleur score. À 72 ans, et à 18 mois de la fin de son mandat, beaucoup le voient comme un vestige d’une époque où les sénateurs scellaient leurs accords par une poignée de main. Mais si la politique américaine doit retrouver son pragmatisme, sa façon de faire doit être remise au goût du jour. M.?Biden est certainement le politique dont les comiques aiment le plus se moquer. Le terme “bidenism” – au sens de l’humiliation publique qu’une personne s’auto-inflige – est entré dans le langage quotidien. “Levez-vous Chuck, qu’ils puissent vous voir” a-t-il lancé à un sénateur du Missouri dans un fauteuil roulant. Pour tresser des lauriers à Barack Obama, et dans une interprétation hasardeuse de la doctrine de Theodore Roosevelt du “parler calmement tout en adoptant la politique du bâton”?: “Je peux vous dire que je connais huit présidents, dont trois intimement. Je peux vous assurer que le président a un gros bâton”. Avec M. Biden, le risque d’une gaffe est toujours présent, ce qui explique pourquoi il fut écarté de la campagne de M. Obama en 2012. Pourtant, M.?Biden est aussi celui vers lequel M. Obama se tourne lorsqu’il faut trouver un accord. Le président américain ne fait pas mystère de son dédain pour les dessous de la politique. M.?Biden en vit. En 2009, il a convaincu trois sénateurs républicains de voter pour les 787?milliards de dollars destinés à relancer l’économie américaine, ce qui a évité la dépression. La loi a été adoptée par une voix. Sans elle, M.?Obama n’aurait certainement pas été réélu. M.?Biden a également scellé l’accord qui a évité aux États-Unis le “précipice fiscal” en 2013. Cela, aussi, aurait tué la croissance. À une époque où les politiques vivent devant les caméras, M.?Biden est vendeur. D’après Ted Kaufman, son ancien chef de cabinet qui lui a succédé au Sénat?: “Joe peut entrer dans n’importe quelle pièce, la plus conflictuelle possible, et trouver un terrain d’entente. Qui d’autre peut en faire autant de nos jours??” “Le terme “bidenism” – au sens de l’humiliation publique qu’une personne s’auto-inflige – est entré dans le langage quotidien” La réponse est?: pas beaucoup. Il y a deux décennies, en 1994, M.?Biden a convaincu Strom Thurmond, son homologue républicain de la Commission judiciaire du Sénat, de voter pour un projet de loi anti-criminalité historique. Il a mis plus de 100?000 policiers au pas et a interdit les armes d’assaut. Ségrégationniste vieillissant, M.?Thurmond incarnait la haine du Sud profond pour toute forme d’ingérence fédérale. La lutte contre la criminalité était le point le plus conflictuel de l’époque. L’exploit de M. Biden équivaudrait aujourd’hui à persuader les conservateurs du Tea Party de soutenir une amnistie des immigrants. M.?Biden a également convaincu Jesse Helms, le républicain de Caroline du Nord, de reprendre le financement américain à l’ONU. Il n’y avait pas deux républicains plus opposés au point de vue de M. Biden. Celui-ci a leur a pourtant rendu hommage lors de leurs funérailles. Une grande partie de la perte de confiance dont souffre les politiques américains vient de la conviction des citoyens qu’ils se présentent aux élections pour s’enrichir. Sur ce point, M.?Biden se distingue également. Il est relativement pauvre, ne pesant que 419?000?dollars selon une estimation. Hillary Clinton (dont la fortune est estimée à des dizaines de millions de dollars, il n’y a pas de chiffres précis) et John Kerry (environ 200?millions) jouent dans une autre catégorie. Peu importent leurs origines sociales?: la plupart des politiciens essaient de convaincre les électeurs qu’ils sont d’origine ouvrière. Même lorsque les allusions aux “cabanes en rondin” ne sont pas inventées, ceux qui ont réussi la laissent derrière eux. Dans le cas de M. Biden, c’est toujours vrai. Son épouse, Jill Biden, enseigne à temps plein dans un collège communautaire en Virginie. Il en est de même pour l’histoire de la famille Biden. Il a été élu en 1972 au Sénat américain pour le Delaware. Peu après, sa première femme et l’un de leurs enfants sont tués dans un accident de voiture. Les deux enfants survivants, dont Beau, qui a succombé à 46 ans le mois dernier à une tumeur du cerveau, furent blessés. Les 36 années suivantes, chaque jour, “Amtrak Joe” a fait l’aller-retour Wilmington-Washington en train?; trois heures de trajet quotidien.

Le boom de la Silver Economie

Quand la maison de haute couture Céline a choisi l’écrivain américaine Joan Didion, 80 ans, auteur de ‘L’année de la pensée magique’ pour être le visage de sa campagne publicitaire, le buzz a enfiévré les médias sociaux. Joan Didion fait partie de quelques stars aux cheveux gris choisies pour porter une campagne publicitaire. Une illustration de la fascination grandissante du monde du luxe pour la muse ‘mature’. Yves Saint Laurent s’est lui tourné vers Joni Mitchell, 71 ans, les cosmétiques Nars ont fait dernièrement campagne avec Charlotte Rampling, 69?ans. Marc Jacobs, de son côté, a choisi l’actrice Jessica Lange, 66?ans, pour incarner sa marque de cosmétiques, et la chanteuse Cher, 69 ans, pour présenter sa collection automne-hiver 2015. Cette tendance ne se réduit pas à la seule mode féminine et aux cosmétiques. Le chanteur et producteur Quincy Jones, maintenant âgé de 82?ans, est l’ambassadeur de Buscemi, les chaussures de sport haut de gamme made in Italy. Neil Saunders, directeur du cabinet de consultants en distribution Conlumini, constate une tendance croissance à la célébration de la beauté des seniors?: “Je pense que c’est presque cool de prendre quelqu’un qui est vieux, de montrer à quel point ils sont jeunes et qu’ils sont beaux. C’est quelque chose que nous voyons beaucoup plus dans la mode” dit-il. “C’est un hommage au fait d’être vieux tout en étant jeune d’esprit.” Claudia D’Arpizio, partenaire du cabinet de consultants Bain & Co, et auteur principale de l’étude annuelle du cabinet sur le secteur du luxe, précise que ce secteur est depuis longtemps conscient que les baby boomers constituent le socle de clientèle des marchés matures. Autrefois, les marques cherchaient à attirer cette clientèle senior avec une image plus jeune?: “Maintenant, c’est différent” selon Mme?D’Arpizio. “Ces personnes sont plus sûres d’elles, elles n’ont pas besoin de ce jeunisme.” “5,3?millions de personnes de 65 ans et plus qui disposent d’un revenu annuel brut de 150?000?dollars ou plus en 2014, c’est-à-dire le groupe des plus hauts revenus” Elle ajoute que cette génération “vieillit d’une façon cool”, qu’il est donc inutile d’utiliser des photos de mannequins plus jeunes pour les attirer vers les marques. On sait que la mode pousse les tendances à l’extrême, et la nouvelle obsession pour l’âge pourrait n’être qu’un énième épisode. Mais les motifs économiques en faveur d’une mise en avant des seniors sont très valables. Selon le bureau d’études de marché Euromonitor, il y a dans le monde 5,3?millions de personnes de 65 ans et plus qui disposent d’un revenu annuel brut de 150?000?dollars ou plus en 2014, c’est-à-dire le groupe des plus hauts revenus. Fflur Roberts, directeur des études sur les produits de luxe chez Euromonitor, résume?: “Les problèmes posés par cette génération sont évidents, du poids qu’elle représente pour les gouvernements en termes de santé et de retraites, ou pour les classes d’âges en activité qui vont probablement devoir payer plus d’impôts pour les financer. Mais la population âgée et riche augmente elle aussi, ce qui représente une opportunité, surtout pour le secteur du luxe”. Selon Euromonitor, c’est aux États-Unis que réside la plus grande proportion des 65 ans et plus à hauts revenus. Elle représentait 2,2?millions de personnes en 2014, soit 40?% des “150?000?dollars et plus” au niveau mondial. En Europe de l’Ouest, les 65 ans et plus sont aussi en tête dans cette tranche de revenus. Euromonitor prédit que la proportion des seniors dans les classes les plus aisées augmentera encore jusqu’à 2030, et modèlera la consommation des produits de luxe dans de nombreux secteurs. Pour Mme?Roberts, les personnes âgées des classes aisées offrent de bonnes perspectives pour les produits coûteux, depuis les grands crus, le champagne et les liqueurs de prix, jusqu’à l’art et aux antiquités. Les consommateurs âgés sont en général fidèles aux marques de luxe qu’ils ont choisies, et ils savent ce qu’ils veulent, avance Mme?Roberts. Ils sont par ailleurs prêts à payer pour la qualité. Elle ajoute?: “Les produits de luxe et les services premium sont des marqueurs de statut et de succès, mais les produits qui sont par eux-mêmes de bons investissements attirent le plus cette classe d’âge. De ce fait, la demande pour un luxe synonyme de tradition et de savoir-faire est énorme chez ces consommateurs”. Les consommateurs riches et âgés des États-Unis et d’Europe mènent la danse démographiquement parlant, mais ils sont aussi en augmentation rapide dans les marchés émergents. Ainsi c’est en Chine que l’on trouve le nombre le plus important de seniors riches. Israël, le Kazakhstan, l’Indonésie et l’Ouzbékistan ont aussi vu une expansion considérable des 65 ans les plus aisés depuis 2009?; des pays qui offrent là encore des débouchés aux biens de luxe. “Les consommateurs âgés sont en général fidèles aux marques de luxe qu’ils ont choisies, et ils savent ce qu’ils veulent, ils sont par ailleurs prêts à payer pour la qualité” Pour Mme?Roberts, “reconnaître et exploiter le potentiel du ‘consommateur aux cheveux gris’ est vital pour beaucoup de marques de luxe et de distributeurs, étant donné le vieillissement de la population et le besoin urgent de trouver de nouvelles opportunités de croissance. Les consommateurs âgés restent dans le monde entier un segment mal servi, alors qu’une part importante de leurs revenus est disponible pour des achats discrétionnaires. Ils veulent dépenser plutôt qu’épargner”. Mme?D’Arpizio rappelle que sur les marchés matures, les consommateurs riches se concentrent dans la tranche d’âge 45-65 ans. En Asie, les individus les plus riches sont de 10 à 15 ans plus jeunes. Cependant, selon elle, l’affection actuelle du milieu de la mode pour les seniors n’est pas uniquement due à leur pouvoir d’achat. Associer son image à des personnes mûres permet aussi de conforter l’authenticité de la marque, aspect important quand les marques ne se battent pas uniquement pour la croissance, mais aussi pour des parts de marché. “Je ne pense pas que ce soit juste la question de l’âge. C’est l’expérience et les valeurs que ces gens apportent avec eux” conclut la spécialiste.