Monthly Archives: décembre 2014

Mon vol en apesanteur

La semaine dernière, j’ai eu la chance de réaliser un rêve extraordinaire : effectuer un vol en apesanteur ! J’ai longuement hésité à rédiger un article sur le sujet : je ne voyais pas comment décrire cette expérience, comment trouver mes mots. Mais je trouvais vraiment dommage de ne pas partager un tel souvenir : je vais donc essayer ici. Retour sur cette expérience résolument unique.
L’aventure se passe à bord de G Force One, un Boeing 727 modifié pour ce type de vol. De l’extérieur, il semble identique à n’importe quel autre. Mais à l’intérieur, c’est tout autre chose : au lieu des 300 sièges passagers qu’il pourrait contenir, l’appareil n’en compte en effet que 40 : 20 à l’avant et 20 à l’arrière. Le reste est la zone de free floating, capitonnée du sol au plafond. Là, pas de siège, pas de compartiment bagage : on ne trouve que des straps rouges et des filets. Cinq minutes après le décollage, nous avons pu nous détacher. Et je suis allé me placer dans la zone de free-floating. S’est ensuivie une demi-heure d’attente, le temps que l’appareil atteigne l’altitude de 20000 pieds. Puis l’équipage nous a annoncé que la première parabole allait commencer. Je me suis allongé au sol et ai essayé de ne plus bouger la tête, conformément aux instructions reçues pendant le briefing. La parabole se passe en effet en plusieurs étapes. Au début, il y a l’hypergravité, où l’on pèse 1,8 fois son poids pendant une vingtaine de secondes. Puis l’appareil atteint le sommet de la parabole et tombe en chute libre : on se met alors à flotter pendant 22 secondes. Pour la première parabole, nous avons expérimenté la pesanteur martienne : 0,38g. Alors c’est ça, que ressentiront les premiers colons ? Tous les participants bondissaient, riaient dans la cabine. Peut-être un effet de la Scopolamine (un remède contre le mal des transports qui nous avait tous « shootés »). Vingt-deux secondes plus tard, je me suis rallongé, pesant à nouveau presque le double de mon poids. Quelques secondes plus tard, j’ai retrouvé mon poids normal et repris mes esprits. Mais déjà la parabole suivante arrivait (il n’y a qu’une minute et demie entre chacune). C’était reparti pour un tour. Une nouvelle fois, je double de poids, puis quelques secondes plus tard, je teste la pesanteur lunaire : je ne pèse plus que quelques kilos ! C’est magique !
Troisième parabole, on y est : l’apesanteur. Je passe d’un seul coup de surpoids à 0 kg. La sensation est déstabilisante. J’ai eu beau m’y préparer des mois à l’avance, le cerveau n’est pas préparé à perdre un repère aussi simple et stable que la gravité. Dur aussi de manoeuvrer quand on n’est pas habitué à l’apesanteur. Je pousse légèrement contre le plafond pour flotter dans le vide… et percute le sol pour rebondir aussitôt. Je parviens à me stabiliser en m’agrippant à une lanière. Il me faut bien 3 paraboles pour prendre le pli, et arriver à flotter sans toucher de parois. Impossible de décrire une telle sensation. C’est au-delà des mots, au-delà même de l’imagination : j’avais beau m’être préparé, c’était encore bien au-delà ! Treize paraboles plus tard, quand l’avion s’est posé sur la terre ferme, j’étais épuisé mais heureux comme je ne l’avais jamais été. Suivez le lien pour en savoir plus sur cette expérience de vol en apesanteur.

Quand les économistes s’embrouillent

Une tendance actuelle chez les économistes consiste à confondre libre marché et libéralisme, voire ultra-libéralisme. Cette confusion est d’autant plus dommageable qu’elle porte atteinte à un instrument qui nous a toujours fidèlement servi, et a apporté son lot d’améliorations dans nos vies. J’ai encore eu l’occasion de m’en rendre compte lors d’un récent séminaire à Londres, où certaines interventions m’ont fait grincer des dents et m’ont donné envie de rédiger ce billet. Si vous êtes vous aussi du genre à confondre ces notions, laissez-moi vous poser une simple question : pour quelle raison l’émancipation de la femme a-t-elle eu lieu dans les années 50 ? Etait-ce parce que les femmes avaient « mérité leur place » sur le marché du travail après leur travail durant les années de guerre ? Ou était-ce plus simplement le résultat de l’avènement des appareils électroménagers, qui ont amené un fabuleux gain de temps à l’épouse, et lui ont permis de dégager du temps s’inscrire sur le marché du travail ? Il serait selon certains plus « féministe » d’imaginer qu’elles ont conquis leur pouvoir de haute lutte. Mais, honnêtement : si ces appareils n’avaient pas existé, qui se serait occupé des tâches ménagères ? Les hommes auraient-ils accepté de prendre en charge les corvées quotidiennes à la place de leur femme ? Non, l’émancipation fut avant tout le fruit d’une cause matérielle. L’économie de marché est présente dans chaque période de notre histoire, même si notre désir de bons sentiments nous incite à l’oublier pour la remplacer par de grandes causes et des idéaux. Le libre marché offre pourtant aux individus une occasion réelle d’améliorer leur confort de vie, et ce depuis la nuit des temps !
Au commencement, l’individu avait peu de besoins : trouver un abri, s’alimenter, se protéger des bêtes sauvages… Autant de besoins primaires, qui ont été durant des millénaires les seuls que l’homme avait les moyens d’assouvir. Les archéologues l’ont montré à maintes reprises en reconstituant d’anciens marchés : les échanges visaient évidemment à répondre à ces besoins primaires. En conséquent, le besoin se traduisait par une demande, qui inspirait une offre et donnait finalement naissance à un marché.
Au début du siècle dernier cependant, les besoins se sont multipliés de toutes parts. Désormais, on veut du chauffage central, partir en vacances, être véhiculé d’un endroit à un autre, se former tout au long de sa vie, communiquer de multiples manières, vivre dans le confort, etc. Et chaque fois qu’un besoin se crée, une offre vient lui répondre. Quel que soit le besoin, on trouvera une personne dans le monde capable de le contenter. Voilà ce que signifie foncièrement l’économie de « libre marché » : que tout homme ou femme a la possibilité d’améliorer sa propre situation, que ce soit en demandant ou en offrant. Je vous laisse le lien vers l’organisateur de cette conférence, qui reste néanmoins intéressante. Et vous trouverez pleins d’infos sur leur site : http://www.seminaireslondres.com

Tout le monde aura son aéroport

Un point commun entre les avions et les finances de la planète, c’est qu’un krach est toujours possible. Est-ce pour cela qu’ils construisent autant d’aéroports? Car men-521540_640si la construction de l’aéroport inutile de Notre-Dame des Landes fait toujours polémique, il n’est pas un cas unique. Valls veut son aéroport, et il l’aura, il en a décidé ainsi, cela fait quelques emplois, et cela va rapporter beaucoup d’argent à Vinci. Cet aéroport serait donc inutile, couteux (voire ruineux), dangereux et imposé. Bien sûr, sa construction était une bonne chose…en 1967, date du projet, il devait être construit pour accueillir le Concorde qui ne vole plus de puis 10 ans, mais maintenant? À se demander s’il ne répond pas à une folie européenne qui multiplie les aéroports inutiles… Car il ne faut pas oublier que si un aéroport coute cher à sa construction, il coute également cher à son entretien, ce que notre gouvernement ne pourra certainement pas assurer vu que les caisses sont complètement vides. Pire même, la situation est telle que le gouvernement français, en pleine braderie du patrimoine et de tout ce qui fait la France, multiplie les ventes d’aéroports comme c’est le cas pour celui de Toulouse, de Nice et de Lyon! Et donc, nous en venons aux aéroports européens! 80 aéroports disséminés en Europe ne génèrent qu’un trafic moindre, et les 2/3 d’entre eux fonctionnent à perte, les constructions continuent pourtant, et cela avec notre argent. Comme expliqué dans l’article: « Entre 2007 et 2013, la Pologne a reçu 615,7 millions d’euros de soutien de la part de l’UE pour s’équiper en aéroports. » Cherchez l’erreur… À se demander ce qui justifie cette folie aéroportuaire… L’UE a alloué plus de 100 millions d’euros à la Pologne pour financer la construction d’au moins trois aéroports « fantômes », dans des endroits où les passagers se font trop rares pour assurer leur rentabilité, rapporte Euractiv. Avec, pour résultat, « des terminaux d’aéroport tout neufs rutilants » mais qui restent désespérément vides, même au cœur de la haute saison. Et pour y attirer les compagnies aériennes, il faut dépenser des millions d’euros, précise le site. La Pologne n’est pas la seule. Près de 80 aéroports disséminés dans toute l’Europe attirent moins de 1 million de passagers par an et près des trois quarts d’entre eux fonctionnent à perte. L’aéroport espagnol de Castellón répond bien à cette description. Ouvert depuis trois ans, il n’a jamais vu un seul avion décoller de ses pistes, ou y atterrir. Un autre aéroport espagnol, celui de la ville de Ciudad Real, est emblématique de la bulle immobilière espagnole. Il a été mis en ventes aux enchères l’année dernière après avoir été fermé définitivement en avril 2012. Les administrateurs de l’aéroport avaient imposé à l’acquéreur éventuel de bloquer à titre de garantie 5% des 100 millions qu’ils réclamaient pour le prix, mais même à ce prix réduit (il aurait coûté près d’un milliard d’euros…), l’aéroport n’a pas trouvé preneur. Une deuxième vente aux enchères vient d’être planifiée, avec un prix proposé de 80 millions d’euros. Nous nous retrouvons au final avec des aéroports complètement inutiles en Europe, des projets au coût faramineux qui auraient dû être remis en cause avant-même la pose de la première pierre, certains même n’ont jamais ouvert leurs portes, ni même vu décoller un avion. C’est le cas de l’aéroport de la ville de Ciudad Real a coûté 1 milliard d’euros, et sa mise à prix n’était que de 100 millions d’euros… Tragique! D’ailleurs, comble du ridicule, l’article nous explique même qu’il y a 50 aéroports en Espagne, et seulement 8 sont rentables…

Moins d’esprit pour nos enfants

C’est avec un titre choc « Sommes-nous tous devenus stupides ? » assorti d’un sous-titre non moins rassurant « La culture télévisuelle de masse et les réseaux sociaux font des ravages dans les jeunes cerveaux qui sont incapables aujourd’hui de produire une pensée critique et élaborée » que s’ouvre le dernier numéro de « Cerveau & Psycho » (décembre 2014) consacré au génie et à ceux qui l’incarnent. Le magazine s’attache à présenter les découvertes des chercheurs dans le domaine des sciences cognitives et outre son thème sur le fonctionnement du cerveau d’un génie, ce numéro aborde pas mal de facettes concernant l’apprentissage, les épreuves, la motivation, la communication, l’épanouissement. Super programme, n’est-il pas ? L’auteur de l’article, c’est Alain Bentolila, linguiste, dont on a déjà parlé sur les VI (ICi par exemple). Deux autres ouvrages m’attendent d’ailleurs sur un rayonnage de ma bibliothèque (« Le Verbe contre la Barbarie » et « Sciences et Langues ») Bref, moi qui, comme d’autres, m’inquiète sur le niveau ahurissant de certaines émissions de télévision (téléréalité and co, par exemple) et sur tout ce que peut véhiculer Internet comme âneries et indécences (avec son lot de partages, qui ne fait qu’accroître le prestige des articles les plus douteux), je ne pouvais qu’avoir la curiosité stimulée par l’analyse fournie par cet article. Et ce d’autant plus que malheureusement les émissions visées ici attirent comme un papier tue mouche les enfants (les miens, les autres) en quête de distraction.