TVA, cet impôt illisible

Des taux multiples, pour des logiques parfois curieuses: 60 ans après sa création, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), premier impôt en France en termes de rendement, a perdu de sa lisibilité en raison des dérogations souvent coûteuses qui lui sont appliquées. L’eau ou le jus d’orange ‘ Des produits de première nécessité, bénéficiant d’une TVA de 5,5%. Le dentifrice ou le savon’ Des produits nécessaires également mais une TVA de 20%. Le beurre ‘ De la graisse animale, donc 5,5%. La margarine ‘ De la graisse végétale… donc 20%. La TVA, qui représente plus de la moitié des recettes de l’Etat français, « est un impôt simple dans son principe mais en pratique de plus en plus complexe », concède le président de la Cour des comptes, Didier Migaud, qui évoque des « règles devenues incompréhensibles ». Dans un rapport publié mercredi, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), organe rattaché à la Cour des comptes, estime que la TVA, qui devrait engendrer 156 milliards d’euros de recettes en 2016, a vu son rendement se dégrader ces dernières années. La taxe sur la valeur ajoutée, inventée par la France en 1954, avant d’être adoptée par 153 pays dans le monde, rapportait ainsi en 1970 l’équivalent de 8,6% du PIB à l’Etat français. Un chiffre tombé à 6,9% en 2014, la moyenne européenne se situant pour sa part à 7,6%. En cause: l’existence de près de 150 mesures dérogatoires, qui représentent un coût annuel d’environ 48 milliards d’euros pour l’Etat, et qui peuvent « entraîner une insécurité juridique pour les entreprises qui la collectent », selon les auteurs du rapport. D’après le CPO, pas moins de 10 taux de TVA sont ainsi appliqués en France, allant de 20% (taux normal en France métropolitaine) à 0,90% (taux le plus faible, en Corse), en passant par des taux intermédiaires ou réduits sur certains produits ou bien en Outremer, de 10%, 5,5%, 2,1% ou 1,05%. Difficulté supplémentaire: plusieurs taux peuvent s’appliquer à un même produit. Un sandwich, par exemple, est taxé à 10% lorsqu’on l’achète à la boulangerie, mais à 5,5% s’il est vendu par celui qui l’a fabriqué, et à 20% s’il est vendu avec une boisson alcoolisé dans le cadre d’une formule. « Pour couronner le tout, le sandwich est exonéré de TVA s’il est vendu à un élève dans un lycée », ajoutent les sages de la rue Cambon, qui appellent de leurs voeux « une revue générale des taux réduits » pour rendre le système plus simple et plus lisible. Le débat, récurrent depuis plusieurs années, a rebondi début décembre avec l’adoption par l’Assemblée nationale d’un taux réduit de TVA à 5,5% pour les protections périodiques, surnommée « taxe tampon ». Une baisse réclamée de longue date par les associations féministes, mais qui a remis sur le devant de la scène les incohérences dont souffre cet impôt. « C’est surtout à la suppression des taux réduits inefficaces qu’il convient de s’attaquer », estime l’institution présidée par Didier Migaud, qui critique notamment la baisse de TVA dans la restauration décidée en 2009, durant la présidence de Nicolas Sarkozy. A l’issue d’un long bras de fer avec Bruxelles, Paris avait à l’époque obtenu de passer le taux en vigueur de 19,6% à 5,5%. Les professionnels s’étaient engagés en échange à créer 40.000 emplois sur deux ans et à répercuter la baisse de TVA sur certains produits. « C’est l’archétype de ce qu’il ne fallait pas faire », estime un des auteurs du rapport, Alban Hautier. La mesure a en effet coûté 2,6 milliards d’euros par an à l’Etat, même si le taux a été relevé à 10% en 2014. Et les résultats en termes d’emplois ont été faibles, avec 6.000 à 9.000 emplois supplémentaires par an. « Le coût par emploi créé a été estimé à une fourchette de 175.000 à 265.000 euros », souligne le CPO. Soit bien plus que les dispositifs de soutien direct à l’emploi (de l’ordre de 86.000 euros par emploi) ou des exonérations de charges sur les bas salaires (entre 34.000 et 42.000 euros par emploi). « Faute d’être un instrument d’incitation économique et de redistribution efficace, la TVA doit être recentrée sur sa vocation budgétaire », conclut le rapport, qui invite notamment à « renforcer la lutte contre la fraude fiscale ».

USA, le déclin de la peine de mort

Les Etats-Unis ont exécuté « seulement » 28 personnes en 2015, le chiffre le plus bas depuis 24 ans et très loin du pic de 1999 (98 exécutions), ce qui alimente les espoirs des abolitionnistes de la peine de mort. Quel que soit l’angle par lequel on considère la sentence capitale en Amérique, force est de constater un déclin, souligne dans un rapport publié mercredi le Centre d’information sur la peine de mort (DPIC). Ainsi, seulement six Etats, sur les 31 qui appliquent la peine de mort, ont procédé cette année à la mise à mort d’un condamné. De 2014 à 2015, le nombre d’exécutions a baissé de 20%, de 35 à 28. Et simplement trois Etats ont concentré 86% des exécutions: le Texas (13), le Missouri (6) et la Georgie (5). Les condamnations à la peine capitale ont elles aussi connu un net fléchissement en 2015: les cours d’assises américaines ont jusqu’au 15 décembre infligé un verdict de mort à 49 accusés, une chute de 33% par rapport à l’année 2014. C’est également le plus petit nombre depuis le début des années 1970. Ces chiffres « ne sont pas seulement des soubresauts annuels de statistiques. Ils reflètent un plus large changement des mentalités sur la peine de mort dans tout le pays », analyse Robert Dunham, le directeur du DPIC. Il est vrai que la tendance a été accentuée par une pénurie des produits utilisés dans les injections létales: diverses firmes pharmaceutiques, pour la plupart européennes, refusent d’approvisionner les Etats-Unis en ces substances mortelles. Différents Etats ont par ailleurs suspendu les mises à mort après que le pays a connu plusieurs exécutions « ratées » depuis janvier 2014 qui ont choqué l’opinion publique, en violant manifestement le 8e amendement de la Constitution américaine qui bannit les « peines cruelles ou inhabituelles ». Même au Texas, l’Etat qui a exécuté près de la moitié des condamnés cette année, les choses évoluent rapidement. « Le Texas est passé de 48 nouvelles condamnations à mort en 1999 à un plus bas record cette année », avec seulement trois condamnations, relève Kristin Houlé, de la Texas Coalition to Abolish the Death Penalty (TCADP). Et, dans ce grand Etat du sud des Etats-Unis, les condamnations à mort sont un phénomène localisé: depuis 2011, 70% des sentences capitales émanent de seulement huit comtés (sur les 254 que compte le Texas), détaille la TCADP. Dans ce contexte favorable, les militants contre la peine de mort se prennent à rêver d’un nouveau retournement de la Cour suprême. Leurs espoirs ont été dopés par un vibrant plaidoyer pour l’abolition écrit en juin par le juge Stephen Breyer, l’un des neuf sages. La plus haute instance judiciaire américaine avait suspendu la peine capitale en 1972, avant de la rétablir en 1976. Le rapport de force au sein de la haute cour demeure théoriquement en faveur de la peine de mort mais certains pensent que le quatuor progressiste de la Cour -Stephen Breyer, Ruth Bader Ginsburg, Elena Kagan et Sonia Sotomayor- pourrait former une majorité en ralliant Anthony Kennedy, le juge conservateur modéré souvent en position d’arbitre sur les grandes questions de société. C’est le moment de présenter à la Cour suprême un cas emblématique et suffisamment controversé pour arracher le revirement souhaité, affirment certains de ces abolitionnistes. D’autres experts avertissent qu’un rejet de la Cour suprême prolongerait pendant des années l’application de la peine capitale et conseillent de suivre une stratégie Etat par Etat de moratoire ou d’abolition. « Je ne peux pas dire quelle est la meilleure approche pour les partisans ou les opposants à la peine de mort », confie à l’AFP Robert Dunham. De toute façon, « c’est à la Cour de décider si et quand elle veut écouter les arguments, quel est le dossier approprié et quel est le moment convenable ».

Un combat aérien au-dessus de Bordeaux

Vous connaissez la Bibliothèque de Babel de Borgès ? Eh bien, parfois, j’ai l’impression que c’est exactement ce qu’est internet : une gigantesque bibliothèque dans lesquels toutes les combinaisons de livres, mais aussi d’activités possibles, existent. Tenez, récemment encore, j’ai découvert qu’on pouvait participer à un véritable combat aérien à bord d’un véritable appareil. Comme vous pouvez vous en douter, je n’ai pas pu résister à la tentation. Ca se passait près de Bordeaux, où j’avais justement de la famille que je n’avais pas vue depuis longtemps. L’occasion faisant le larron, j’ai sauté dessus pour aller la voir. Et je n’ai pas regretté un instant, car en fait, cette expérience a été tout à fait extraordinaire. Difficile de raconter une telle expérience. Ca a duré une journée entière. Les premières heures, j’ai commencé par m’initier aux bases du pilotage. N’ayant pas de licence de pilote, ni même la moindre base en matière de pilotage, en fait, je craignais un peu le pire, mais le briefing était plutôt bien foutu et facile à suivre. Puis, une fois armé de ce solide bagage théorique et après une pause déjeuner, ça a été le moment de décoller. Et là, je peux vous dire que je ne faisais pas le malin. Imaginez-vous un laser game à bord de biplans modernes. Des biplans que vous pilotez vous-mêmes. L’instructeur, qui est un ancien pilote de chasse de l’armée de l’air et a participé à de véritables dogfights dans tous les conflits de ces dernières années, fait décoller l’appareil puis vous abandonne peu à peu les commandes. Vous apprenez ainsi non seulement à vous déplacer mais aussi à manoeuvrer pour amener l’appareil ennemi dans votre viseur et tirer. Et quand vous l’atteignez, l’appareil abattu laisse soudain échapper une traînée de fumée ! Evidemment, il ne s’agit que d’un jeu. Mais je peux vous assurer que vous oubliez vite ce « détail » de vue, une fois là-haut. Surtout quand il est temps d’échanger les rôles et que vous êtes pris à votre tour en chasse par l’appareil ennemi ! La sueur qui vous inonde est bien réelle, elle ! Si vous avez comme moi été marqué par Top Gun étant gamin, je vous recommande vivement l’expérience. Ce n’est pas quelque chose qu’on a l’occasion de faire tous les jours ! Voilà le site où j’ai trouvé ce combat aérien. Que l’esprit de Maverick soit avec vous ! Suivez le lien pour en savoir plus sur le combat aérien.

combat aérien

Al-Walid ben Talal al-Saoud aime Twitter

Le prince saoudien et richissime homme d’affaires Al-Walid ben Talal al-Saoud est devenu le deuxième plus important actionnaire de Twitter avec 5,2 % du capital du groupe. Il a même plus de poids que Jack Dorsey, le PDG et co-fondateur du site. Jack Dorsey a beau être co-fondateur et PDG de Twitter, il pèse moins lourd dans le capital du célèbre réseau de microblogging qu’un prince d’Arabie saoudite. Al-Walid ben Talal al-Saoud détient, personnellement et à travers la Kingdom Holding company qu’il dirige, 5,2 % de Twitter contre 3,2 % pour l’actuel patron de la société, d’après des informations financières rendues publiques mercredi 7 octobre. La Kingdom Holding company a dépensé 50 millions de dollars (44,4 millions d’euros) pour faire ce bond dans le capital du groupe californien, dont le prince ne détenait jusqu’à présent que 3 %. Al-Walid ben Talal al-Saoud est, en effet, un fan de longue date du petit oiseau gazouilleur puisqu’il avait parié 300 millions de dollars dessus en 2011, lorsque Twitter n’était qu’une start-up prometteuse pas encore cotée en Bourse. Ce nouvel investissement n’en fait pas pour autant le principal actionnaire, puisqu’un autre co-fondateur, Evan Williams, détient 6,9 % du capital, rappelle le site Quartz. La montée en puissance d’Al-Walid ben Talal al-Saoud n’est pas forcément une bonne nouvelle pour Jack Dorsey. Après le départ, en juin 2015, de l’ex-PDG de Twitter Dick Costello, le prince saoudien était de ceux qui n’étaient pas favorables à sa nomination. La place prise par le Saoudien au sein de Twitter n’étonne, en tout cas, plus personne. Un sacré changement de mentalité par rapport à 2011 et l’apparition du milliardaire saoudien dans le décor de la Silicon Valley. À l’époque, certains journalistes influents de Mashable et Wired s’étaient inquiétés d’un investissement venu d’un pays « au bilan discutable en matière de droits de l’Homme ». C’était ignorer que l’homme d’affaires, le plus riche du monde arabe, est considéré comme un libéral dans son pays. Il est certes fidèle à la famille royale, mais il s’est fait remarquer par une tribune dans le « New York Times » en 2011, à l’époque des printemps arabes, où il appelait à des élections libres et à plus de réformes sociales dans la région. En outre, les femmes qui travaillent pour la Kingdom Holding company ne sont pas obligées de porter l’abaya, le costume que les Saoudiennes doivent porter à l’extérieur. Surtout, ce prince est un pionnier en matière de high-tech. Il a commencé à investir dans ce secteur avant l’éclatement de la bulle Internet de 2000. Il avait su parier sur certaines des entreprises, eBay ou encore Priceline, qui ont d’ailleurs survécu à la crise des « dotcom ». Il avait également investi 100 millions de dollars dans Apple en 1997, à une époque où le futur créateur de l’iPhone luttait pour survivre.

Ce nouveau terrorisme

De nouvelles attaques à l’arme blanche ont été perpétrées jeudi par des Palestiniens contre des Israéliens. Pour Benjamin Netanyahou, il s’agit d’une « vague de terrorisme » non organisée, mais favorisée par l’Autorité palestinienne et le Hamas. Les tensions montent en Israël tandis que les attaques à l’arme blanche se multiplient, toujours sur le même mode opératoire. Pour la seule journée de jeudi, au moins sept Israéliens, soldats ou civils, ont été blessés dans des attaques au couteau commises par des Palestiniens, que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou qualifie de « vague de terrorisme » non organisée. Dans la soirée, un soldat israélien a été poignardé et « modérément » blessé à Afoula, dans le nord d’Israël. Dans l’après-midi, un civil israélien a été grièvement blessé près de la colonie de Kiryat Arba, à l’est d’Hébron, en Cisjordanie occupée. Parallèlement, une soldate israélienne a été agressée au tournevis et trois autres personnes légèrement blessées à Tel-Aviv par un homme abattu par la police. L’agresseur a été décrit comme un « terroriste » arabe par la police, ce qui peut signifier qu’il s’agit d’un Palestinien ou d’un Arabe israélien. Plus tôt dans la journée, un juif orthodoxe de 25 ans était poignardé à Jérusalem par un Palestinien de 19 ans, aussitôt arrêté par la police. L’agresseur vient du camp de réfugiés de Chouafat, à Jérusalem-Est occupée, a précisé la police israélienne qui s’est rendue dans le camp en fin d’après-midi pour perquisitionner la maison de l’auteur présumé de l’attaque. Dans l’après-midi, des heurts très violents ont éclaté dans ce camp quand les forces israéliennes ont voulu se rendre dans la maison de l’agresseur présumé, Soubhi Abou Khalifa, peut-être pour la fouiller ou interroger des proches. Un jeune de 20 ans a été alors tué par les tirs israéliens. Depuis le 3 octobre, de jeunes Palestiniens isolés semblent agir sans coordination pour protester contre l’occupation. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré jeudi soir qu’Israël était confronté à une « vague de terrorisme », principalement non organisée mais selon lui favorisée par les incitations à la haine de la part de l’Autorité palestinienne, du mouvement islamiste Hamas ou de certains pays régionaux. S’exprimant lors d’une conférence de presse, il a promis d’agir avec « détermination » face aux violences, mais reconnu qu’il n’y avait pas de « solution magique » pour les combattre. Benjamin Netanyahou avait déjà appelé, mercredi 7 octobre, les Israéliens à être en « état d’alerte maximale » face au risque d’attentats, tout en conservant leur « sang-froid ». Mais il semble que tous n’ont pas entendu l’appel. Des Israéliens d’une vingtaine d’années ont agressé mercredi soir à Petah Tikva (centre) trois immigrants de l’ancienne Union soviétique qu’ils ont pris pour des Arabes et sur lesquels ils voulaient se venger d’une agression au couteau commise par un Palestinien. De leur côté, les députés arabes du Parlement israélien, solidaires des Palestiniens, ont décidé de défier l’interdiction édictée par le Premier ministre aux parlementaires d’aller sur l’esplanade des Mosquées. Cette décision est « insensée et illégale », a jugé le député arabe Ahmad Tibi. « Demain (vendredi), nous serons tous à la mosquée al-Aqsa, parce que c’est notre mosquée », a-t-il annoncé. Benjamin Netanyahou avait pris cette disposition exceptionnelle devant la propagation des violences qui secouent Jérusalem et la Cisjordanie occupée. Les confrontations entre lanceurs de pierres palestiniens et soldats ou policiers israéliens en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est se multiplient ainsi que les représailles mutuelles entre Palestiniens et colons en Cisjordanie. Ces heurts suscitent depuis une semaine des comparaisons avec les intifadas de 1987 et 2000. Jeudi soir, à la suite d’une nouvelle journée de violences, Israël a interdit l’accès à l’esplanade des Mosquées aux hommes de moins de 50 ans qui n’auront donc pas le droit d’assister vendredi à la grande prière hebdomadaire musulmane, sur le troisième lieu saint de l’islam. L’esplanade des Mosquées cristallise des années de colère et sert de cri de ralliement. L’importante communauté arabe israélienne (17,5 % de la population), les descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948, commence à se mobiliser. Des heurts se sont produits lors de manifestations mardi soir à Jaffa, près de Tel Aviv, et de nouveau mercredi soir à Lod, dans le centre.

La dictature, l’intellectuel, et le libre marché

Ceux qui suivent l’actualité le savent : le libre marché n’a jamais plu aux gouvernants ni aux intellectuels. Les uns et les autres ne manquent jamais une occasion de le condamner : à les entendre, le libre marché léserait en effet les ouvriers. Ce raisonnement a priori altruiste suffit à justifier à leur exécration naturelle du libre marché, qui a par ailleurs tendance à ne pas être sous leur contrôle. D’après eux, les pays pauvres seraient terrassés par l’inhumanité du libre marché et la vie de leurs habitants s’en retrouverait encore plus dégradée. Bien loin de moi l’idée de défendre ce point de vue, comme vous vous en doutez certainement. En fait, je vais même m’employer à la détruire. A l’occasion d’un colloque à Milan il y a quelques jours, un participant s’est en effet évertué à démonter avec succès ce raisonnement bancal. Et comme il l’a clairement prouvé, cette affirmation est à des années-lumière de la réalité. Les citoyens des pays pauvres pâtissent en effet essentiellement d’un manque total de libre marché. Les plus défavorisés habitent en effet en majorité dans des régions où la possibilité de vivre comme ils le souhaitent leur est déniée par les autorités en place. Empêcher le libre marché est une façon d’empêcher la liberté. Et c’est bien pour cette raison que le libre marché est sauvagement réprimé dans des dictatures comme celle du Congo. Il est naturel qu’un gouvernement qui ne permet pas à son peuple de jouir de la possibilité de voter n’octroie pas à celui-ci la possibilité d’effectuer ses choix dans le libre marché ! Au cours de ce colloque à Milan, l’intervenant a même décidé d’aller plus loin dans sa réflexion, en signalant que le libre marché est au contraire clairement avantageux pour les populations défavorisées. Au sein du libre marché, la plupart des populations pauvres dans le monde vouent en effet aujourd’hui un budget plus faible à la nourriture qu’auparavant. Pour les pays pauvres ayant fait le choix du libre marché et permettant l’importation de produits, les citoyens profitent désormais non seulement d’une plus grande variété de produits, mais aussi à des prix bien plus abordables. Et ça, ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle une façon de léser… Retrouvez toutes les conclusions de ce séminaire en Italie en suivant le lien.

Au Mexique, l’armée tue

Le ministère de la Défense mexicain a reconnu lundi l’implication de militaires dans la disparition de sept jeunes, retrouvés morts, dans l’État de Zacatecas (nord). Les enquêteurs militaires ont «trouvé des preuves d’une probable participation des militaires» dans la disparition de ce groupe, indique le ministère dans un communiqué. Les autorités ne précisent pas si ces soldats sont suspectés de meurtre, et combien de militaires sont mis en cause. Les proches des sept victimes, deux femmes et cinq hommes, ont déclaré qu’ils avaient été détenus par des militaires dans une maison de la ville de Calera, le 7 juillet dernier, avant leur disparition. Torturés avant d’être exécutés Onze jours après les faits, trois corps ont été découverts, dans une ville voisine. Les cadavres présentaient des signes de torture et des blessures par balles à la tête laissant à penser qu’ils ont été exécutés, ont affirmé les familles. L’enquête est conjointement menée par l’armée et un procureur civil, indique le communiqué. C’est la plus récente accusation d’abus envers des militaires mexicains. À la suite de la mort de 22 membres présumés d’un gang à Tlatlaya, dans le centre du Mexique, il y a un an, trois soldats ont été inculpés de meurtre pour la mort d’au moins huit d’entre eux. Dimanche, un groupe d’auto-défense dans l’État de Michoacan, à l’ouest du pays, a accusé les militaires d’avoir attaqué un groupe de civils qui manifestait contre l’arrestation du leader de leur groupe à Aquila. Un enfant de 12 ans a été tué par balles et quatre autres personnes ont été blessées, y compris deux mineurs. L’armée a accusé un groupe armé d’être responsables de ces violences. Les militaires mexicains sont régulièrement mis en accusation pour des abus depuis leur déploiement en 2006 pour combattre les cartels.

Trump est un point d’interrogation

Donald Trump, empêtré dans une polémique sur ses propos concernant les clandestins mexicains et le sénateur John McCain, a fortement consolidé sa place en tête de la course à l’investiture républicaine pour la Maison-Blanche, selon une enquête publiée lundi. Le magnat de l’immobilier est le préféré de 24% des électeurs républicains interrogés dans un sondage publié par le Washington Post et ABC News, le meilleur score atteint par un candidat cette année, loin devant ses rivaux Scott Walker (13%) et Jeb Bush (12%). Mais le sondage a été réalisé de jeudi à dimanche, et le Post précise que la majorité des personnes interrogées l’ont été avant les déclarations de Donald Trump contre John McCain, samedi. La popularité de Donald Trump a fortement baissé parmi les personnes ayant répondu au sondage après ce dernier incident, explique le journal. John McCain est un ancien pilote de l’US Navy, fait prisonnier pendant plus de cinq ans durant la guerre du Vietnam. Il a critiqué vertement Donald Trump pour ses propos anti-immigrés, particulièrement à l’égard des clandestins mexicains qu’il a assimilés pour la plupart à des délinquants. Passablement agacé par ces critiques, le milliardaire a répliqué samedi que le sénateur n’était «pas un héros de guerre», et qu’il ne jouissait de ce statut que «parce qu’il a été capturé». «J’aime les gens qui n’ont pas été capturés», a-t-il dit. Dans un pays qui vénère ses soldats, attaquer un ancien combattant prisonnier de guerre et torturé est considéré comme une faute lourde, et de nombreux républicains ont immédiatement condamné les propos. «Il doit probablement des excuses aux familles de ceux qui ont tant sacrifié dans des conflits, et ceux qui ont dû endurer un emprisonnement au service de leur pays», a répondu John McCain sur la chaîne MSNBC lundi. Donald Trump a refusé de présenter des excuses. Il a expliqué qu’il reprochait à John McCain, élu au Congrès depuis 1982, de n’avoir rien fait pour les anciens combattants, et accusé les médias de l’avoir cité hors contexte. «Je respecte aussi beaucoup les gens qui n’ont pas été capturés, personne ne parle d’eux», a-t-il plaidé sur la chaîne NBC. «On parle de John McCain, c’est très bien, c’est un homme très courageux et tout ça, mais on ne parle pas des gens qui n’ont pas été capturés, et c’est ce dont j’essayais de parler». À moins d’une retombée spectaculaire dans les prochaines semaines, il semble assuré de se qualifier pour le premier débat télévisé des primaires, le 6 août sur Fox News, auquel les dix candidats les mieux placés seront invités.

Meeting d’Arcachon sur la croissance

La semaine dernière, on m’a envoyé à Arcachon pour suivre un meeting où, lors d’une soirée, un collègue a remis en question la nécessité de la croissance économique en Europe. « Nous avons déjà tout ce qu’il nous faut », répétait-il sans cessse. Un propos qui m’a « un peu » agacé, et ce d’autant que je l’entends continuellement. Plus un pays est développé, plus l’accroissement de sa richesse est considéré comme quelque chose de futile. Le fait que l’Occident poursuive son développement économique est même envisagé par certains comme une déviance. Cependant, le progrès social est tout aussi indispensable pour un pays développé que pour un pays pauvre. Car en effet, en l’absence de croissance, la galette de la prospérité demeure la même ! Le progrès de l’un est alors automatiquement établi au préjudice de l’autre. La guerre contre la misère amène par exemple une modération des dépenses dans le réseau de transport ; une plus grande couverture sociale conduit en tout état de cause à un affaiblissement des dépenses culturelles ; une nouvelle autoroute provoque tout naturellement une hausse des impôts… Bref, en l’absence de croissance, on prend à Pierre pour donner à Paul et l’on fait rapidement face au caractère précaire de la prospérité. Une société privée de croissance est une société où les citoyens, les entrepreneurs et les couches sociales tirent en définitive chacun la couverture de leur côté. En revanche, à partir du moment où un pays connaît la croissance, il lui est plus évident de partager. Les plus riches de la société seront en effet davantage prédisposés à redistribuer les richesses qui sont les leurs s’ils sont convaincus de continuer à se développer par la suite. Dans le cas inverse, une société stagnante deviendra plus fermée, cherchera à refuser l’idée de la répartition et s’éloignera au final du principe de la démocratie. Les sociétés pourvues d’une croissance économique sont plus compréhensives et tendent vers davantage de démocratie et de justice. Ce meeting à Arcachon m’aura en tout cas appris quelque chose : c’est que de nombreux français présents lors de notre échange n’étaient pas convaincus de cette nécessité de croissance. Et cela, à mon sens, c’est assez effrayant pour l’avenir, car cela dénote (ou cause, même) un sérieux manque de motivation. Téléchargez tous les rapports de ce meeting sur le site de l’agence incentive à Arcachon qui s’est occupé de tout compilé – suivez le lien.

Biden, honnête et pragmatique ?

Dans certains cas, c’est bien mérité. Mais pour Joe Biden, qui vient d’enterrer son fils Beau dans le Delaware (photo), c’est injustifié. Le vice-président américain est pratiquement l’unique personnalité de Washington à être appréciée et à bénéficier de la confiance de tous. À une époque où plus personne ne fait confiance aux politiques, M.?Biden mérite un bien meilleur score. À 72 ans, et à 18 mois de la fin de son mandat, beaucoup le voient comme un vestige d’une époque où les sénateurs scellaient leurs accords par une poignée de main. Mais si la politique américaine doit retrouver son pragmatisme, sa façon de faire doit être remise au goût du jour. M.?Biden est certainement le politique dont les comiques aiment le plus se moquer. Le terme “bidenism” – au sens de l’humiliation publique qu’une personne s’auto-inflige – est entré dans le langage quotidien. “Levez-vous Chuck, qu’ils puissent vous voir” a-t-il lancé à un sénateur du Missouri dans un fauteuil roulant. Pour tresser des lauriers à Barack Obama, et dans une interprétation hasardeuse de la doctrine de Theodore Roosevelt du “parler calmement tout en adoptant la politique du bâton”?: “Je peux vous dire que je connais huit présidents, dont trois intimement. Je peux vous assurer que le président a un gros bâton”. Avec M. Biden, le risque d’une gaffe est toujours présent, ce qui explique pourquoi il fut écarté de la campagne de M. Obama en 2012. Pourtant, M.?Biden est aussi celui vers lequel M. Obama se tourne lorsqu’il faut trouver un accord. Le président américain ne fait pas mystère de son dédain pour les dessous de la politique. M.?Biden en vit. En 2009, il a convaincu trois sénateurs républicains de voter pour les 787?milliards de dollars destinés à relancer l’économie américaine, ce qui a évité la dépression. La loi a été adoptée par une voix. Sans elle, M.?Obama n’aurait certainement pas été réélu. M.?Biden a également scellé l’accord qui a évité aux États-Unis le “précipice fiscal” en 2013. Cela, aussi, aurait tué la croissance. À une époque où les politiques vivent devant les caméras, M.?Biden est vendeur. D’après Ted Kaufman, son ancien chef de cabinet qui lui a succédé au Sénat?: “Joe peut entrer dans n’importe quelle pièce, la plus conflictuelle possible, et trouver un terrain d’entente. Qui d’autre peut en faire autant de nos jours??” “Le terme “bidenism” – au sens de l’humiliation publique qu’une personne s’auto-inflige – est entré dans le langage quotidien” La réponse est?: pas beaucoup. Il y a deux décennies, en 1994, M.?Biden a convaincu Strom Thurmond, son homologue républicain de la Commission judiciaire du Sénat, de voter pour un projet de loi anti-criminalité historique. Il a mis plus de 100?000 policiers au pas et a interdit les armes d’assaut. Ségrégationniste vieillissant, M.?Thurmond incarnait la haine du Sud profond pour toute forme d’ingérence fédérale. La lutte contre la criminalité était le point le plus conflictuel de l’époque. L’exploit de M. Biden équivaudrait aujourd’hui à persuader les conservateurs du Tea Party de soutenir une amnistie des immigrants. M.?Biden a également convaincu Jesse Helms, le républicain de Caroline du Nord, de reprendre le financement américain à l’ONU. Il n’y avait pas deux républicains plus opposés au point de vue de M. Biden. Celui-ci a leur a pourtant rendu hommage lors de leurs funérailles. Une grande partie de la perte de confiance dont souffre les politiques américains vient de la conviction des citoyens qu’ils se présentent aux élections pour s’enrichir. Sur ce point, M.?Biden se distingue également. Il est relativement pauvre, ne pesant que 419?000?dollars selon une estimation. Hillary Clinton (dont la fortune est estimée à des dizaines de millions de dollars, il n’y a pas de chiffres précis) et John Kerry (environ 200?millions) jouent dans une autre catégorie. Peu importent leurs origines sociales?: la plupart des politiciens essaient de convaincre les électeurs qu’ils sont d’origine ouvrière. Même lorsque les allusions aux “cabanes en rondin” ne sont pas inventées, ceux qui ont réussi la laissent derrière eux. Dans le cas de M. Biden, c’est toujours vrai. Son épouse, Jill Biden, enseigne à temps plein dans un collège communautaire en Virginie. Il en est de même pour l’histoire de la famille Biden. Il a été élu en 1972 au Sénat américain pour le Delaware. Peu après, sa première femme et l’un de leurs enfants sont tués dans un accident de voiture. Les deux enfants survivants, dont Beau, qui a succombé à 46 ans le mois dernier à une tumeur du cerveau, furent blessés. Les 36 années suivantes, chaque jour, “Amtrak Joe” a fait l’aller-retour Wilmington-Washington en train?; trois heures de trajet quotidien.